21 septembre 2011

Rien ne va plus, les jeux sont faits.

« L'agence Standard & Poor's a abaissé d'un cran la note de l'Italie, évoquant un affaiblissement des perspectives de croissance et un niveau plus élevé que prévu de la dette souveraine.
S&P a annoncé lundi soir à New York qu'elle avait dégradé la note de crédit souverain à long terme de l'Italie de "A+" à "A" et de crédit souverain à court terme de "A-1+" à "A-1". »


Moi, depuis que ces histoires de notes attribuées à des pays sont apparues, je n'arrête pas de penser au type qui se lève, le matin, enfile son costume prince de Galles (ou autre, je ne suis pas un expert en la matière), prend sa voiture (avec chauffeur sans doute) pour se rendre à son office et là, le gars (ou la fille, bien que j'ai des doutes à ce sujet, faut être un mec pour manquer à ce point de recul), le gars, donc, se dit « tiens, et si je foutais la merde au niveau mondial aujourd'hui ? ». Il sort sa calculatrice, fait de savants (et forcément brillants) calculs. Rationalise, proratise, vérifie deux fois (parce que quand même, c'est un professionnel). Et lâche gentiment sa bombinette. « La note de l'Italie est descendue ». Résultats déjà vus en Grèce. Manifestations. Levée de boucliers. Réunions pour parler de la dette. Sueur froide qui coule sur le front des puissants (et dans le dos des petits).

Depuis quand un pays doit être bénéficiaire ?

Donc, le gars, le soir venu, il va vider quelques verres avec ses collègues traiders qui jouent et perdent des milliards allègrement et il regarde sur l'écran géant du bar où il se trouve des peuples entiers se déchirer. Super !

A mon avis, le gars, il doit se droguer pour tenir le coup. Sinon, c'est encore plus grave.

4 commentaires:

le Bayrourier Noir a dit…

"THERE MUST BE SOME KIND OF WAY OUT OF HERE..."




"Depuis quand un pays doit être bénéficiaire ?"


Bénéficiaire j'sais pas, mais... équilibré, on s'en satisferait. Non?

On est dans un système qui fonctionne mal, à peu près tout le monde est d'accord. Les 'agences de notation', je sais pas comment ça marche, ça vaudrait le coup de prendre une petite journée à se pencher là-dessus. À première vue ces mecs sont répulsifs, mais faudrait connaître les détails... si ça se trouve, ce sont seulement des thermomètres de notre actuelle organisation pas mal anarchique, qui permet à des enfoirés sans scrupules de se sucrer sur le dos de tout le monde. Et faut que ça cesse, tout le monde est d'accord. Des règles mondiales.

Maintenant, pour la situation générale, au fil des siècles il y a de plus en plus de gens sur Terre qui s'en sortent malgré l'accroissement énorme de la population, même si la situation de ceux qui ne s'en sortent pas est d'autant plus lourde à nos yeux que depuis l'invention de la télé elle est connue de tous, alors qu'au XIXè siècle, 3ooooo chinois qui crèvent de faim, personne n'était au courant... donc vu d'aujourd'hui on a l'impression fausse que c'était moins catastrophique dans le passé. Et même en Europe en 2o11, on s'en sort mieux que nos grand'parents, malgré les apparences. Vaut cent fois mieux être ouvrier au chômedu en 2o11 qu'en 1911 —me semble que l'espérance de vie d'un ouvrier français au début du XXè siècle était telle que je serais déjà mort, statistiquement.

le retour du Bayrourier Noir a dit…

(suite)

Ce qu'on vit aujourd'hui est un épisode éphémère dans la marche générale des choses, qui vont s'améliorant au niveau mondial. Il faut 'juste' savoir accepter que, sauf à relancer une politique ouvertement coloniale, nous allons devoir baisser d'un cran pour que les crève-la-dalle du Sud puissent monter d'un cran. À terme, on appellera ça les États-Unis du Monde, avec une économie au service des humains tout en assurant la liberté d'entreprendre. Quand les règles seront communes à tous et partout, les truands financiers n'auront plus d'île Caïman où se planquer. Du social-libéralisme au sens non caricatural du terme, quoi.

Pour la Grèce, déjà, à l'origine, les comptes de l'État ont été truandés pour rentrer dans la zone euro. On ne nous l'a pas dit à l'époque mais ça se savait dans 'les milieux qui s'autorisent des trucs'. C'était de la folie. La Grèce n'aurait jamais dû rentrer dans la zone euro, à ce moment-là. Maintenant faut faire avec. Et on ne peut ni ne doit abandonner les grecs, c'est nos cousins.
Des gens qui me sont très proches habitent en Crète. Ils me racontent un peu ce qu'ils voient. La moitié de l'activité est au blaque et la fraude fiscale est générale. Ajoute 25% de fonctionnaires dans la population active et de la corruption partout. Ça aide pas aux équilibres, hein, et les allemands en ont marre de casquer. Ceci dit, les crétois sont adorables et le coin est paradisiaque, avec en avril une mer plus chaude qu'en Bretagne en août... Mais les années à venir vont leur révolutionner leurs habitudes, aux grecs. Ou alors ils quittent l'euro, ça coûtera presque plus rien pour nous d'aller visiter le Parthénon, et le grec devra remplir son coffre de drachmes pour faire le plein de sa bagnole. On peut pas tout avoir. S'ils sortent de l'euro, ils reculent de 3o ans. Donc ils vont devoir jouer le jeu de la fiscalité de l'Union. Ça va couiner, sûr...
Pour l'Italie, je sais pas. Pas de notions.

Le seul bon côté de ce merdier général dans lequel on surnage c'est qu'il nous oblige à instaurer une Europe fédérale, plus vite que prévu. Verrai sans doute ça de mon vivant, finalement.

Enfin bon, Zal, ton message m'inspire ça, lancé à la serpe, ça mériterait plus de finesse et de nuances. Mais on peut analyser foncièrement autrement, sûr. La question c'est 'vers quel monde on va'. Y'a pas longtemps, Michel Serres a donné une zineterviouve très impressionnante dans Libé, qui se terminait par (en substance): "le défi de l'Occident est de réussir à s'adapter au monde qu'il a créé". Ouais, s'adapter, ou décliner. Et personne n'a envie de crever.

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Bien content que quelqu'un recommence à poser des trucs ici, j'osais plus ramener mes histoires tant ça tournait au 'one mapple show' assez gênant... On va laisser un peu les autres s'exprimer et ensuite je vous collerai une connerie qui s'appelle "quiquilibré tétête MoDem".

le retour de la revanche du Bayrourier Noir a dit…

«Dette de la Grèce» ou dette de l’Europe ?

Par FRANÇOIS DE BERNARD Philosophe, président du Groupe d'études et de recherches sur les mondialisations (Germ)



L’affaire grecque est la honte de l’Union européenne. Manifester de telles discordances sur un sujet de cette importance, un tel attentisme, égoïsme, une telle frilosité, c’est un crime dont ceux qui y ont apporté leur concours auront à répondre devant l’histoire. Il faut remonter à Munich, aussi différents soient le contexte et les protagonistes, pour voir pareil cocktail détonnant de cynisme et d’irresponsabilité, qui nous projette dans l’inconnu ou le trop connu. Quel que soit «le prix à payer» par l’UE sur un plan financier, ce prix est peu de chose en regard de celui qui serait à assumer à moyen et long terme si l’on ne faisait pas ce qui doit être fait ici et maintenant par tous les Européens.
Non seulement, il faut aider la Grèce comme Etat européen à surmonter sa «crise de la dette» dans un esprit coopératif qui correspond au projet européen. Mais il faut encore aider les Grecs comme peuple et nation à maîtriser un phénomène qui étouffe leur démocratie et empêche la plupart de vivre dignement (ou de manière «soutenable», selon la vulgate moderne). Enfin, il faut aider la Grèce comme horizon exceptionnel dans l’histoire, en reconnaissance de tout ce qu’elle a apporté à l’Europe et au monde depuis près de trois millénaires. Que les gouvernements précédents aient commis des erreurs ; que l’organisation économique, juridique et fiscale de l’Etat grec ait mis en évidence en temps de crise ses insuffisances ; que le peuple grec lui-même soit aussi responsable d’une partie de ses malheurs actuels : tout cela ne change rien au fond de l’affaire, et à la responsabilité propre de l’Union ! En effet, l’Europe repose depuis sa création sur un principe proche de celui qui est proposé aux candidats au mariage : tout ce qui adviendra dans un tel contrat y sera vécu «pour le meilleur et pour le pire». Et il n’est pas plus permis aux Etats «mariés» de se séparer au premier orage, parce que l’un des conjoints s’est endetté et appauvri.

le reretour, etc. a dit…

(suite)

Au contraire, le processus d’adhésion à l’UE, le long et difficile périple qui y mène, justifie que ce qui est accompli dans ce cadre et par ces règles ne peut pas être défait à la première turbulence affectant l’un des Etats membres. Le traité sur l’UE, les valeurs et objectifs sur lesquels elle est édifiée, son fonctionnement effectif depuis plus d’un demi-siècle, devraient suffire à contraindre à une solidarité sans faille les membres de cette communauté devenue acteur majeur des relations internationales. Mais, dans le cas de la Grèce, il est impossible d’oublier que la dette même de l’Europe à l’égard de la Grèce est d’une importance telle qu’elle ne pourra jamais être éteinte. Pour qui en douterait, qu’il lise ou relise les premières pages de ce que Hérodote nomma pour la première fois «histoire». Qu’il lise Homère, Hésiode et Héraclite. Qu’il lise la République, les Lois et le Banquet de Platon ; Politique, Ethique à Nicomaque et la Constitution d’Athènes d’Aristote. Et la trilogie de Sophocle : Œdipe roi, Antigone, Œdipe à Colone ; et l’Anabase de Xénophon ; etla Guerre du Péloponnèse de Thucydide… Peut-être alors son ire à l’égard des impécunieux Grecs de 2011 s’atténuera-t-elle ! Et, malgré les sondages accablants, l’on est en droit de rêver que son rejet méprisant du «mauvais élève grec» ne se transmute en désir de solidarité et volonté de partage.
La triste morale de cette affaire, c’est que l’inculture a pris toute la place au cœur de la Cité des années 2010, et qu’elle est même devenue le cancer du projet européen. Une inculture qui est à la fois celle de l’ignorance et de l’oubli - à commencer par l’oubli de l’histoire (longue, et pas seulement «immédiate»). On rappellera ainsi qu’il y a deux siècles, en un temps certes moins démocrate mais peut-être plus cultivé et attentif aux dettes immémoriales, les massacres de Chios (1822, ou de «Scio» pour Delacroix, dans son tableau de 1824) ont ému l’Europe. Et qu’à la clé du ressouvenir de tout ce que la Grèce avait apporté à l’Europe, la mobilisation immense des intellectuels, des artistes, de la société civile et politique a permis d’ouvrir le chemin à une nouvelle indépendance (1830). On peut aussi gager que jamais Robert Schuman, Jean Monnet, Alcide de Gasperi, Charles de Gaulle, Konrad Adenauer et autres fondateurs de leur génération n’auraient accepté que l’Europe perde son âme dans les palinodies actuelles. Avec le prétendu «sauvetage de la Grèce», ce n’est pas seulement la Grèce qu’il s’agit de sauver, mais l’Europe, les Européens, l’ensemble des Etats de l’UE existante et à venir, ainsi que les chances de faire émerger un monde plus pacifique. Il s’agit de sauver l’Europe d’elle-même et de cette nuit de l’oubli où elle semble s’enfoncer inexorablement.

http://www.liberation.fr/monde/01012362160-dette-de-la-grece-ou-dette-de-l-europe

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